« c’est le Code du travail qui est mis à mal par des considérations économiques qui viennent primer sur la protection de la santé et des droits des salarié.es »

Déjà 8 semaines de travail en mode « confiné ».

Le métier d’inspectrice du travail à distance, en télétravail quotidien, c’est tous les repères qui volent en éclats. D’abord, c’est le collectif de travail qui est disloqué, chacun.e travaillant depuis son domicile. Ici et là, des moments d’échanges entre paires se sont construits, mais avec le temps les liens se distendent et la déshumanisation des relations de travail commence à apparaître, exacerbée par l’avalanche de mails quotidiens envoyés par la direction.

Ensuite, c’est le Code du travail qui est mis à mal par des considérations économiques qui viennent primer sur la protection de la santé et des droits des salarié.es. Le ministère du travail promeut des « fiches métiers » dépourvues de référence réglementaire. Le contrôle est petit à petit remplacé par la recommandation.

Il y a aussi le terrain – la section d’inspection – dont je suis aujourd’hui complètement dépossédée et sur lequel je n’ai quasiment aucune visibilité, puisque depuis le début du confinement, la quasi-totalité des prises de contacts avec les usagers se fait par mail et les contrôles sont entravés par la hiérarchie. Les usagers, et en particulier les salarié.es, sont rendus invisibles et inaudibles.

C’est également la façon de travailler qui elle aussi est modifiée : alors qu’habituellement les tâches de veille juridique sont reléguées du fait de l’activité de contrôle et de la gestion d’urgences, elles ont désormais pris une place prépondérante dans mes journées de travail. Tous les jours je dois recueillir des informations, les analyser et actualiser mes connaissances sur la prévention du risque covid-19 dans les entreprises. Contrairement à l’activité de contrôle, ce travail de veille est pour partie invisible, non productif, à tel point que certains jours j’ai l’impression de n’avoir rien fait de ma journée alors qu’en réalité je n’ai pas levé la tête de mon ordinateur.

La confusion de l’espace de travail avec le domicile privé vient accentuer ce sentiment de moins travailler qu’avant le confinement. Dans le même temps, la charge mentale en cette période de crise sanitaire s’est accrue : j’ai le sentiment de passer ma journée au travail, d’avoir étendu ma disponibilité au travail et de n’avoir aucune véritable coupure.

Clara

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